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L'obsession des résultats



Il est important, lorsque l'on fait un travail, surtout en équipe, de se donner un objectif si possible mesurable et réaliste, afin de se motiver sur un niveau de performance souhaitable. Cela permet de fixer un cap à l'action et de mobiliser les énergies.

Cependant le résultat ne devrait pas devenir une obsession car une obsession est mortifère : elle fige la pensée et le comportement, empêche toute adaptation aux circonstances changeantes, conduit le Sujet à la rigidité cognitive et émotionnelle (on devient insensible à tout ce qui ne contribue pas directement au résultat). Il se pourrait bien ainsi qu’au cours du projet l’objectif visé doive changer parce que les circonstances qui l’ont déterminé ont-elles-mêmes changé.

Dans la pensée, notamment, l’obsession est un aveuglement qui nous ferme à ce qui survient dans l’événement, à autrui et même à nous-même. Toute recherche et atteinte d'un résultat est conditionnée par des coûts : il y a des coûts financiers, matériels mais aussi des coûts humains comme la fatigue, la perte de motivation, le gaspillage d’énergie, l'harmonie du groupe etc. Nous comprenons bien que dans des environnements contraints et concurrentiels comme l'entreprise, les résultats soient une valeur fondamentale car condition de survie de l'entreprise, de la confiance des actionnaires, de la qualité des employés, des produits et services etc. Cependant toute obsession génère de multiples angles morts et peut aussi conduire à rater des opportunités, ce que l’on appelle une « perte de chance ».

Dans le domaine de l'éducation par exemple on ne peut pas se contenter de mesurer des notes à un examen, ou alors il faut élargir la notion de résultat à des choses beaucoup plus qualitatives comme l'attention à autrui, la capacité logique, la curiosité, la créativité.


Paradoxalement, c’est en oubliant la performance, en ne la visant pas, qu’on se met dans les meilleures dispositions pour l’atteindre.

Même si l’obsession du résultat peut être une bonne ligne de conduite pour un entraineur, un athlète de haut niveau, un manager ou un chef d’entreprise car elle garantit sa détermination sans faille et permet d’engager la confiance de ses partenaires, elle constitue aussi un appauvrissement de l’existence puisqu’elle nie tout ce qui n’est pas résultat : harmonie, découvertes hasardeuses (sérendipité), création artistique, innovations, apprentissage, pensée, ouverture.


Lorsqu’on veut trop atteindre un but, on finit par le rater parce qu’on se fige, on se met trop de pression ce qui nous rend anxieux, rigides, fébriles et précipités. Or dans le sport, la décontraction et la relaxation sont essentielles pour faire une performance.


Paradoxalement, c’est en oubliant la performance, en ne la visant pas, qu’on se met dans les meilleures dispositions pour l’atteindre.

C’est un peu comme si un archer devait avoir un regard un peu flou autour de sa cible pour avoir plus de chances objectives de l’atteindre.

Le résultat est ce qui est extérieurement mesurable et permet d’objectiver la production dans un système concurrentiel. Il permet ainsi de hiérarchiser les acteurs selon leur degré de performance. Cela permet de procéder à un classement qui organise un système prétendument au mérite, individuel ou collectif d’ailleurs.

Mais il ne faudrait pas confondre le résultat avec la fin ou l'intention. On peut être obsédé par la perfection du geste permettant d’atteindre le résultat mais si on s'obsède sur le résultat lui-même alors on veut contrôler quelque chose dont une part nous échappe nécessairement.

Si je fais le geste parfait pour envoyer ma flèche avec mon arc mais qu'un coup de vent l'emporte au-delà de la cible alors je n'aurai rien à me reprocher. S'obséder sur le résultat reviendrait à vouloir que rien ne vienne, à l'extérieur, perturber mon projet ou mon intention. Or vouloir cela est une forme de folie, de démesure, d’hybris, de toute-puissance ou encore de pensée magique. Nous risquons d’en former une culpabilité morbide alors que nous devrions juste accepter de ne pas tout maitriser.

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