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Pourquoi une IA ne peut pas vraiment nous questionner de manière socratique
Des chercheurs de l'ENS et de l'Inria, interrogés par Libération début octobre, décrivaient ce que produisent désormais les modèles d'IA dits "de raisonnement" : des chaînes de raisonnement où des hypothèses sont soumises à la critique, où un problème complexe est décomposé en unités plus simples, où les interprétations d'un même sujet sont multipliées. J'ai eu l'impression de parcourir une table des matières de l'histoire de la philosophie, ce qui explique peut-être pourquoi
il y a 18 heures6 min de lecture


Ce qui nous gêne vraiment dans l'affaire Orélien
Ce que je trouve regrettable dans l'affaire Orélien, ce n'est pas qu'il ait écrit son roman avec l'IA. C'est qu'il le nie. S'il l'avait assumé, il aurait pu montrer comment il avait travaillé : ses prompts, ses allers-retours, sa façon de s'y prendre. Nous aurions vu un travail hybride en train de se faire, ce qui n'a encore été donné à voir nulle part. Encore que je me demande ce que cela aurait réellement montré. Beaucoup, sans doute : le premier prompt contient nécessairem
il y a 3 jours3 min de lecture


L'atrophie cognitive ne ressemble pas à ce qu'on croit
Il y a dix jours, dix personnes ont commencé un séminaire que j'anime : quatre semaines pour travailler quatre gestes de la pensée — questionner, conceptualiser, objecter, problématiser — avec un exercice quotidien à mener seul avec son IA, et deux heures de dialogue en groupe le dimanche. Aucune n'est philosophe. Ce sont des coachs, des thérapeutes, des DRH, des formateurs, des entrepreneurs - des gens dont le métier consiste à décider et à conseiller. Le premier exercice de
il y a 4 jours4 min de lecture


Face à l’IA, le jugement humain doit faire ses preuves
Dans Intelligence artificielle, intelligence humaine : la double énigme, Daniel Andler distingue la capacité à résoudre des problèmes de celle qui permet de faire face à des situations. Une situation nous engage dans un monde où d’autres personnes ont leurs attentes, où plusieurs exigences peuvent entrer en conflit, où notre intervention transforme ce à quoi nous répondons. Pour Andler, l’intelligence capable d’y faire face doit se soumettre à la « norme du jugement humain ».
il y a 6 jours7 min de lecture


Ce que l'IA peut vous montrer de votre façon de penser
Demandez à quelqu'un comment il réfléchit. Il vous répondra volontiers, et avec sincérité. Il vous dira qu'il est plutôt intuitif, ou plutôt cartésien. Qu'il aime confronter les points de vue. Qu'il a besoin de temps avant de trancher. Vous n'aurez aucune raison de douter de sa bonne foi. Vous n'apprendrez pourtant à peu près rien. Non que les gens mentent sur eux-mêmes, ils le font moins qu'on ne croit. Mais l'instrument avec lequel on s'observe est celui-là même qu'on cherc
21 oct.5 min de lecture


Le difficile examen de la pensée
Il arrive qu'une personne, dans un atelier, ne se contente pas d'objecter mais accuse celui qui l'anime. Cette femme, un jour, m'a lancé trois griefs coup sur coup. "Vous ne me laissez pas aller au bout de ma pensée. Vous nous piégez. Vous prenez un plaisir malveillant à appuyer sur nos failles." Autour, les autres haussaient les épaules, ils voyaient bien qu'elle projetait. Et je savais, avec cette tranquillité un peu suspecte que donne l'habitude, qu'elle se trompait sur pr
16 oct.7 min de lecture


Quand la pensée devient trop parfaite pour être vraie
« Le désir de puissance consacre la machine comme moyen de suprématie, et fait d'elle le philtre moderne. L'homme qui veut dominer ses semblables suscite la machine androïde. Il abdique alors devant elle et lui délègue son humanité. Il cherche à construire la machine à penser, rêvant de pouvoir construire la machine à vouloir, la machine à vivre, pour rester derrière elle sans angoisse, libéré de tout danger, exempt de tout sentiment de faiblesse, et triomphant médiatement pa
21 juil.6 min de lecture


Pourquoi une machine qui répond toujours finit par vous empêcher de penser
On prend l'habitude, sans bien s'en rendre compte, de réfléchir à voix haute avec une intelligence artificielle. On lui soumet une idée mal dégrossie, elle la reformule. On lui oppose une objection, elle relance. On hésite, elle propose une piste. Elle ne se lasse jamais, ne juge pas, reste disponible à toute heure. Et il faut le dire sans détour, parce que c'est vrai : elle fait réfléchir. Quelque chose se passe dans ces échanges, une pensée se déplace, des angles morts s'éc
3 juin5 min de lecture


J'ai changé d'avis en parlant à une IA. Une heure après, c'était comme si rien ne s'était passé.
Il m'est arrivé quelque chose que je ne peux pas ignorer. En tant que philosophe praticien, j'accompagne des personnes dans un travail de pensée exigeant. Mon métier repose sur une conviction forgée par des années de pratique et une thèse doctorale : c'est dans le dialogue avec un autre être humain que la pensée se transforme réellement. L'échange avec une intelligence artificielle, aussi fluide soit-il, ne saurait produire le même effet. Voilà ce que je croyais. Et puis, un
3 mai8 min de lecture


L'IA vous répond comme si elle vous comprenait et vous ne pouvez pas vous empêcher de la croire
Posez une question à une intelligence artificielle. Vous recevrez une réponse fluide, structurée, apparemment réfléchie. Si vous la trouvez insuffisante, elle se corrigera sans résistance. Si vous la mettez en défaut, elle admettra son erreur avec une élégance qui ferait pâlir bien des interlocuteurs humains. Tout, dans cet échange, ressemble à un dialogue. Tout, sauf l'essentiel. Car l'IA ne ment pas. On insiste beaucoup, dans le débat public, sur les "hallucinations" de l'i
30 avr.6 min de lecture


L'IA voit vos contradictions aussi bien que Socrate...alors pourquoi ça ne change rien ?
On imagine volontiers Socrate comme celui qui ne sait rien. C'est la légende commode, celle qui fait de l'ignorance une vertu et de la question un geste innocent. Mais il suffit de relire les dialogues pour voir autre chose. Dans l'Alcibiade, Socrate déclare au jeune homme : "Je vais maintenant te révéler à toi-même tes pensées et tu verras combien j'ai persévéré à t'observer." La phrase est stupéfiante. Celui qui prétend ne rien savoir annonce qu'il a compris ce que l'autre
28 avr.6 min de lecture


Pourquoi vous préférez une IA qui vous donne raison à un humain qui pourrait vous contredire ?
Les modèles d'intelligence artificielle conversationnelle approuvent leurs utilisateurs environ cinquante pour cent plus souvent que ne le ferait un interlocuteur humain. Même lorsque le comportement décrit par l'utilisateur est problématique, voire nuisible, la machine acquiesce près d'une fois sur deux. Et les utilisateurs, loin de s'en plaindre, préfèrent cette complaisance. Ce sont les résultats d'une étude récente de l'université de Stanford, et ils posent une question q
28 avr.7 min de lecture


Le vrai danger de l’IA : les réponses qui sonnent juste
« According to my system, all reasonings are nothing but the effects of custom; and custom has no influence, but by inlivening the imagination, and giving us a strong conception of any object. » — David Hume Posez à une intelligence artificielle la question suivante : « Quels sont les principaux facteurs de désengagement des salariés ? » La réponse arrive en quelques secondes. Elle est fluide, structurée, articulée. Elle vous parle de manque de reconnaissance, de quête de sen
27 avr.6 min de lecture


L'IA vous rend plus efficace, mais avez-vous remarqué que vous avez cessé de penser ?
Vous commencez à taper une phrase, et la machine la finit. Vous cherchez une idée, et l'outil vous en propose trois. Vous hésitez, et l'algorithme vous suggère la "meilleure". À chaque fois, vous gagnez du temps. À chaque fois, quelque chose se simplifie. Et à force de simplifications, une conviction s'installe, si largement partagée qu'elle en devient invisible : l'IA nous rend plus productifs, et c'est une bonne chose. Il faut examiner cette conviction. Non pas pour la cont
23 avr.6 min de lecture


L'IA peut-elle être Socrate ? Sur les limites structurelles d'une maïeutique sans témoin
L'IA peut-elle être Socrate ? Sur les limites structurelles d'une maïeutique sans témoin « Socrate, tu me fais totalement l'effet de ressembler au plus haut point à cette large torpille marine qui, comme on sait, vous plonge dans la torpeur aussitôt qu'on s'en approche et qu'on y touche. Une véritable torpeur envahit en effet mon âme aussi bien que ma bouche, et je ne sais que te répondre. » C'est ce que dit Ménon à Socrate après que celui-ci a méthodiquement détruit, l'une a
17 avr.6 min de lecture


Vous demandez à l'IA d'écrire pour vous, mais êtes-vous encore l'auteur de ce qui en sort ?
Nous vivons une époque où le désir est immédiatement exaucé par la technique. Vous voulez une image ? Un clic. Un texte ? Une requête. Une solution ? L'IA la livre. Jamais le délai entre le désir de production et sa réalisation n'a été aussi court. Et cette fluidité est présentée comme un progrès évident, un gain de temps indiscutable, une libération du travail ingrat de la mise en forme. Mais il faut regarder ce qui se passe dans cet intervalle qui disparaît. Car entre le dé
16 avr.7 min de lecture


Si ChatGPT vous donne de la bouillie, c'est que vous lui en demandez
Depuis quelque temps, on accuse l'intelligence artificielle de produire une bouillie de mots sans âme. Une soupe tiède de lieux communs, une prose sans aspérité qui comble le vide sans rien dire. Ce phénomène porte désormais un nom : le slop . Le terme s'est imposé en quelques mois dans la critique de l'IA générative, et il désigne cette production pâteuse, polie, reconnaissable entre mille, qui envahit les emails, les articles en ligne, les publications professionnelles. La
16 avr.6 min de lecture


Ce que l’intelligence artificielle révèle de ce que nous ignorons sur la pensée
L’IA ne nous vole pas la pensée. Elle nous retire une illusion plus embarrassante : celle que nous savions déjà ce qu’elle était. On affirme couramment que l’intelligence artificielle ne pense pas. L’énoncé rassure. Il trace une frontière nette entre nous et elle. Il laisse entendre que, malgré ses performances, quelque chose d’essentiel lui manque encore. Mais sur quoi repose exactement cette certitude ? Pour affirmer sérieusement qu’une machine ne pense pas, encore faudrait
14 avr.8 min de lecture


Qui travaille quand je pense avec l'IA ?
Quelqu'un propose un sujet à une intelligence artificielle. La machine questionne, le sujet répond. La machine objecte, le sujet corrige. La machine structure, le sujet valide. À la fin, il y a un texte. La question est simple : qui a pensé ? Le sujet ne peut pas dire « c'est moi », parce que sans les objections de la machine, sans les angles qu'elle a ouverts et les contradictions qu'elle a relevées, il n'aurait pas eu ces idées dans cet ordre. Il ne peut pas dire « c'est el
13 avr.7 min de lecture


L'IA fait votre travail mieux que vous — et ce n'est pas le vrai problème
Dans les grandes organisations, l'intelligence artificielle ne s'est pas seulement imposée comme un outil. Elle s'est imposée comme un dogme. Célébrée avec la ferveur réservée aux messies de la productivité, elle promet de "libérer l'humain" de ses tâches subalternes, de "l'augmenter", de le rendre enfin disponible pour ce qui compte vraiment. Le vocabulaire est celui de la rédemption : l'IA va nous sauver de la lourdeur, de la lenteur, de l'erreur. Mais derrière cette piété
13 avr.6 min de lecture
