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Sommes-nous tous stupides ?





Déjà je me demande si ce n'est pas stupide d'écrire ce post dans la mesure où c'est aussi difficile de définir la stupidité que ça l'est de définir son opposé supposé, l'intelligence. Ainsi si on considère qu'il y a plusieurs types d'intelligence, il faut aussi considérer qu'il y a plusieurs types de stupidité : la stupidité logico-mathématique, la stupidité relationnelle (celle de celui qui ne comprend pas les comportements et émotions d'autrui), la stupidité kinesthésique (les empotés dans l'usage de leur corps), la stupidité artistique (ceux qui sont incapables d'être créatifs), la stupidité philosophique (ceux qui ont du mal avec les abstractions, l'argumentation et les problèmes existentiels). 


Il y a donc de nombreuses manières d'être stupides et très peu de gens qui peuvent se vanter d'être intelligents non seulement dans tous les domaines mais en plus la plupart du temps. En plus de ces lacunes structurelles, nous tombons périodiquement dans la stupidité à l'occasion de phénomènes courants : lors d'un emportement émotionnel, lorsque nous tombons dans des routines de pensée qui endorment notre esprit critique, lorsque nous nous précipitons, lorsque nous avons des préjugés dont nous ne sommes même pas conscients, lorsque notre connaissance nous rend rigides et prétentieux, lorsque nous voulons une chose et son contraire. Bien difficile d'y échapper et mieux vaut connaître notre domaine de stupidité, ce qui est une manière d'être moins stupide.



Très souvent, notre stupidité passe inaperçue parce que nous la masquons par tous les moyens : peu de gens tolèrent de passer pour stupides sans éprouver une forme de honte, à part les philosophes et les clowns peut-être. C'est pourquoi lors d'un atelier de pratique philosophique les gens sont un peu sidérés de voir leur "stupidité" : ils se rendent compte qu'ils disent des choses sans savoir pourquoi, ils font le contraire de ce qu'ils disent, ne comprennent pas leurs propres questions, n’ont pas d’argument pour justifier leurs réponses, ne comprennent pas pourquoi les autres réagissent ainsi et ne savent pas expliquer les mots qu’ils utilisent. Ce sont pourtant pour la plupart des gens que nous pourrions qualifier d’intelligents : ils ont de beaux diplômes, une bonne éducation, des mœurs policées, une vie sociale probablement épanouie et un métier en apparence prestigieux. 


Car il y a aussi une forme de stupidité propre aux gens intelligents : ils sont rigides parce qu'ils pensent dans des cadres pré-formés, sont très sensibles à la critique car ils passent leur temps à eux-mêmes tout critiquer, se perdent dans leurs cathédrales conceptuelles, s'enivrent de leurs complications raffinées, luttent les uns contre les autres pour se prouver qu'ils ont les plus intelligents. Entre les gens normaux et les intelligents, on se demande comment on arrive encore à être parfois intelligents. De ce point de vue nous sommes probablement tous plus ou moins égaux.

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