Demandez à quelqu'un comment il réfléchit. Il vous répondra volontiers, et avec sincérité. Il vous dira qu'il est plutôt intuitif, ou plutôt cartésien. Qu'il aime confronter les points de vue. Qu'il a besoin de temps avant de trancher. Vous n'aurez aucune raison de douter de sa bonne foi. Vous n'apprendrez pourtant à peu près rien. Non que les gens mentent sur eux-mêmes, ils le font moins qu'on ne croit. Mais l'instrument avec lequel on s'observe est celui-là même qu'on cherc
Quand je décris ce que je fais, la réponse la plus fréquente n'est pas l'objection, c'est l'esquive polie. « C'est une bonne idée, mais pas pour moi », « Je n'ai pas le temps », « Je n'ai pas les moyens », « Je préfère les conversations où je peux dire ce que je veux ». Ces réponses se donnent pour de l'indifférence, et pourtant elles ont toutes la forme d'une justification, ce qui devrait nous étonner, car on ne se justifie jamais devant ce qui nous laisse réellement indiffé
Il nous arrive de désirer sortir de nous-mêmes, et nous nommons cela une délivrance. Nous cherchons l'amour, l'ivresse, la contemplation, l'oubli, tout ce qui promet de nous arracher un instant à cette présence encombrante que nous sommes à nous-mêmes. Simone Weil donne à ce désir sa forme extrême lorsqu'elle écrit que le moi n'est que l'ombre projetée par le péché et l'erreur qui arrêtent la lumière de Dieu, et que je prends pour un être. Si le moi n'est qu'une ombre, il suf